Mon enseignement

Conférence prononcée à Lisbonne dans le cadre du festival MONSTRA 2016

Mes activités, en tant qu’enseignant, se déroulent essentiellement en France.

Mon enseignement ne se limite pas à ce qu’il est convenu d’appeler « le cinéma d’animation ».
Ce que j’enseigne est destiné aux étudiants qui souhaitent intégrer l’industrie, mais pas seulement. Il est aussi consacré à tous ceux qui voudraient utiliser le mouvement illusoire en tant que forme d’art.
Ce type de mouvement nous fait croire que des points et des lignes (selon le concept de Kandinsky) se déplacent, évoluent, se transforment et se modifient sur le plan.
J’enseigne aussi, d’une manière particulièrement expérimentale, la narration et l’analyse.

Mon enseignement du mouvement est donc destiné prioritairement à ceux qui souhaitent pratiquer cet art de manière différente, destinés à des espaces et à des lieux autres que les salles de cinéma.

Ma méthode pédagogique, qui conjugue différents domaines, se divise en quatre phases et peu être décrite succinctement de la manière suivante :

Première phase

Étant donné que l’illusion du mouvement relève des sciences cognitives, je commence par expliquer aux étudiants les phénomènes de la perception visuelle qui nous font croire que les images « bougent » sur les écrans.
Ce point est fondamental, car sur les écrans rien ne bouge.
Les images « bougent » dans le cerveau.

Les créateurs d’illusions jouent donc avec la perception.
Afin que les étudiants comprennent la dimension ludique de la création de mouvements, je leur fais découvrir l’espace perceptif qui est constitué d’unités soumises à des règles et à des conditions bien précises de stimulation.
De l’ensemble des principaux facteurs d’unification du champ perceptif, je ne retins que trois ; le facteur de proximité, le facteur de ressemblance et le facteur de continuité de direction.

Ces trois facteurs d’unification du champ perceptif une fois expliqués et démontrés vont devenir pour les étudiants, ainsi que pour tous ceux qui veulent créer ce type d’illusions, les trois principaux outils avec lesquels on peut composer ou écrire le mouvement.

Pour expliquer comment composer ou écrire le mouvement, je me dois de décrire également le processus qui permet de donner aux images une apparence de vie.
Mais avant cela, je dois aborder la partie de mon enseignement consacrée à l’analyse des images.

Deuxième phase

Cette partie est particulièrement difficile à transmettre parce que les étudiants, comme la plupart des gens, n’entretiennent pas avec des images des rapports rationnels.
Sauf quelques rares exceptions, les rapports des étudiants aux images sont de nature affective et émotionnelle
.
La phrase inscrite sur le tableau de René Magritte « ceci n’est pas une pipe », n’a pas encore été comprise, et encore moins assimilée, par la plupart des jeunes gens à qui j’enseigne. Par ailleurs, bon nombre d’entre eux n’ont jamais entendu parler de René Magritte.

Ce type de comportement envers les images rend donc difficile la pratique d’analyse surtout selon la méthode des trois espaces.
En quoi consiste-t-elle ?
Elle consiste dans la décomposition de l’espace en trois segments :

L’espace relationnel – l’espace de la représentation – et l’espace imaginaire.

L’espace relationnel est l’espace où l’observateur se situe par rapport à l’image.
L’espace de représentation est le plan sur lequel l’image est représentée.
L’espace imaginaire est l’espace que l’image ouvre parfois à l’observateur et qui lui fait croire qu’un hors champ existe.

Cette méthode sert à faire prendre conscience aux étudiants que depuis plus de 35 000 ans les images se présentent à nous sous différents supports, sous différents formats, proportions et échelles et que ce fait implique que l’observateur se situe à un point déterminé de l’espace et à une certaine distance pour pouvoir les percevoir d’abord et, ensuite, les contempler et éventuellement jouir de leur contenu.

Cette méthode sert également à faire comprendre aux étudiants que l’image représentée sur le plan n’est que le résultat d’un nombre déterminé d’éléments organisés selon une certaine stratégie esthétique qui ont parfois le pouvoir de faire entrer l’observateur dans l’image et de le transporter au-delà de l’espace de représentation.

Troisième phase

La description du processus qui permet de composer ou d’écrire le mouvement vient donc après différents exercices d’analyse réalisés selon la méthode dite «des trois espaces».
Après cela, je peux alors leur dire que pour créer l’illusion de mouvement il faut qu’il y ait succession d’images et pour que les images puissent se succéder il faut un dispositif approprié.

Le meilleur de tous les dispositifs pour apprendre à « écrire » le mouvement est le cahier ou le livre animé.
Il impose une simplification des formes qui plonge immédiatement l’étudiant dans la problématique du mouvement au lieu de le perdre dans ceux de la représentation graphique.

Le meilleur de tous les dispositifs pour apprendre à « composer » le mouvement est sans aucun doute les feuilles volantes de papier (perforées ou pas) et la table lumineuse qui permet de totaliser les phases des différents segments d’un mouvement illusoire.

À partir de tous ces éléments, on peut élaborer une syntaxe du mouvement, constituée par : le choix des trajectoires, la méthode du placement des phases du mouvement le long des trajectoires, la segmentation dynamique du mouvement, l’attribution des durées, la direction du mouvement des phases, les relations entre les phases, les échelles dynamiques propres à chaque segment.

Tout ceci conduit les étudiants à penser en termes de mouvement avant de tracer ou de dessiner quoi que ce soit.
Bien entendu, il est difficile pour ceux qui débutent de comprendre qu’il faut imaginer le mouvement avant toutes choses. Pourtant, ce qu’ils seront conduits à dessiner dépendra uniquement des choix pris dans ce sens.

Quatrième phase

En dernier lieu, j’insiste auprès des étudiants sur le fait que le mouvement qu’ils veulent créer est un faux mouvement, un artefact dont les effets doivent être imaginés, pensés, élaborés et construits selon les règles ludiques de l’art et non pas selon celles de la nature, définie par les sciences.

Le mouvement écrit ou composé est une illusion qui ne relève pas de la mécanique, de la cinétique ou de la physique. Se situant au-delà de cette dernière, il peut même être considéré comme étant un objet métaphysique.

Je crois avoir assez dit pour que vous vous fassiez une idée sur mon enseignement.

José-Manuel Xavier
2016

Genèse d’une image

Ce qui conduit aujourd’hui la plupart des gens à vouloir créer des images n’a rien à voir avec les images elles-mêmes.
Dans la plupart des cas, il s’agit pour ces personnes de trouver un moyen de gagner leur vie, d’acquérir un statut social en exerçant une activité valorisante et pas trop pénible et, si possible, assistée par des méthodes, des processus et des outils de production rapide (rentabilité oblige), en se référant à la gigantesque décharge d’images accumulées depuis 35 000 ans qu’ils soumettront aux nécessités du commerce et de l’industrie.
Par rapport à ce constat, il est absurde de parler de création d’images.
Le mystère de la création d’une image, car c’est un mystère, est d’un autre ordre.
Je n’ai pas l’intention d’expliquer ce mystère. Un mystère qui s’explique cesse d’en être un.
Je vais, plus simplement, parler des phases les plus évidentes du processus de la création d’une image en tant que telle, de sa genèse.
Ce que je vais relater ici est, en quelque sorte, ma manière de mettre en ordre mes expériences et mes découvertes comme si je les disais à moi-même.

Faire une image est tout d’abord une aventure intérieure.
Quand une envie frémissante de faire une image se manifeste en moi, je me demande immédiatement ; pour quoi faire ?
Pour m’interroger de la sorte il a fallu que j’acquière une forte dose de maturité. L’avalanche d’images puériles qui nous entourent résulte de cette absence de questionnement.
La première impulsion encore balbutiante de faire une image, l’envie, est encore insuffisante pour la créer.
Pour pouvoir mettre le processus quasi magique de création en œuvre, il faut que le confus et fort douteux sentiment d’envie se transforme en désir puis en volonté de représenter quelque chose de vu, d’entendu ou de senti.
Toutefois, le passage à l’acte de l’intérieur vers l’extérieur de la création requiert d’autres moyens que la seule volonté de faire.

Vouloir représenter des choses vues implique, au préalable, l’éducation du regard.
Peu de gens, parmi tous ceux qui prétendent faire des images, se sont exercés depuis enfance à l’observation attentive et répétée des choses qui les entouraient.
Au moment même où il aurait fallu les éveiller au monde du sensible, ceux qui avaient la charge de leur éducation ont préféré les abandonner le plus souvent aux pratiques des dieux du stade. Il y aurait beaucoup à dire sur cela, mais comme je n’ai pas l’intention de corriger l’incurie des autres, je passe mon chemin.
Beaucoup trop de gens ne considèrent l’acte de voir que comme une fonction utilitaire tels que voir ce que l’on fait, voir ce que l’on prend ou ce que l’on manipule, voir pour lire un journal, un livre, des images…
Cependant, avec les images, vient alors la nécessité de transformer le voir en regarder.
Oui, regarder, mais comment regarder ?
On ne regarde pas les choses de la nature de la même façon que l’on regarde des images de la nature. Parce qu’une image de la nature n’est pas la nature et la nature n’est pas une image.
Quand je me promène dans la nature, je la perçois et je la vois comme un tout avant de fixer l’attention sur certaines de ses parties.
Sur une image, qui n’est qu’une partie de quelque chose, je vois d’abord des détails les plus saillants que je réunis presque immédiatement dans un tout.
Dans la poésie, qui est une autre manière de créer des images, le chemin qui va de la lecture des parties à la compréhension de l’ensemble, rend ce processus perceptif plus explicite :

Arbres, montagnes, champs neigeux,
Je vous vois naître
Dans un rayonnement laiteux
À ma fenêtre.
Le jour passera somnolent
Sans autre fête
Que l’averse des flocons blancs
Lente et muette,
Et grave, je m’étonnerai
De quelque livre
Où les jours tièdes et dorés
Aident à vivre.
Tant mes regards s’habitueront
À voir descendre
L’averse molle des flocons
En froide cendre.

Cécile Sauvage
Recueil : Le vallon (1913)

Dans ce poème, la poétesse commence par disposer successivement les arbres, les montagnes, les champs neigeux, comme des éléments d’une image encadrée dans sa fenêtre. Entre les deux, elle précise comment et où ils surgissent. Les mots écrits par Cécile Sauvage laissent aux lecteurs la liberté de créer les images mentales des arbres, des montagnes et des champs neigeux de leur choix, ainsi que celle de la tonalité et de la nature du rayonnement laiteux vu au travers de sa fenêtre, dont la taille et les proportions, restent à définir selon le bon vouloir de chacun.

Si ce poème était une oeuvre picturale exposée dans une galerie ou dans un musée, le regard de ceux qui la verraient ne suivrait pas les chemins indiqués par la poétesse pour réunir dans un tout les différents éléments cités. C’est que les poètes, contrairement aux peintres, orientent et guident, au travers de la disposition des mots, l’itinéraire de lecture à suivre. Les peintres ne donnent pas de mode d’emploi pour regarder leurs oeuvres, car l’oeuvre est elle-même le mode d’emploi.

L’éducation du regard ne se fait donc pas au travers des images peintes, dessinées ou incisées de même que l’éducation de l’écoute ne se fait pas au travers des oeuvres musicales. Ce sont elles, la musique et les images qui exigent un œil et une oreille éduqués pour être dûment perçus et appréciés.
L’éducation du regard se fait en amont des regards que l’on jette sur l’art et sur ses ersatz.
Elle se fait au travers de la contemplation de la nature, des êtres et des choses.
L’éducation de l’écoute se fait au travers de l’attention que l’on prête aux sons et au rythme de la nature, des êtres et des choses.
De la conjugaison des deux, résulte la gamme de sentiments et d’émotions indispensables à la création d’une image.

L’observation répétée de choses familières provoque chez la plupart des gens lassitude et ennui. Ils considèrent qu’il n’y a aucun intérêt à regarder quelque chose de déjà vu. Cette attitude est un poison pour l’esprit, parce qu’elle empêche de saisir une évidence ; c’est le regard éduqué jeté sur les choses connues, familières, vues et revues maintes et maintes fois, qui les rendent toujours nouvelles.
C’est au travers de la répétition de différents regards que l’on peut espérer acquérir la haute qualité d’attention que l’on doit à toutes choses afin d’en saisir pleinement et en profondeur leur singularité, leurs caractéristiques, leur morphologie.
L’acuité du regard est indispensable à celui ou celle qui prétend créer une image.

Les images des autres, quels qu’ils soient, ne devraient jamais servir de référence ou d’inspiration à tous ceux qui prétendent créer une image.
J’ai toujours considéré que les artistes de jadis me donnaient raison sur ce point.
Qu’ont-ils fait ?
Ils ont dessiné, peint, incisé et sculpté ce qu’ils avaient vu, des animaux, des gens, des arbres, des montagnes, de l’eau, l’air, le ciel, des nuages…
Ils ont aussi dessiné, peint, incisé et sculpté des choses qu’ils n’avaient jamais vues, des choses qu’ils ont dû imaginer tels que des villes et des lieux, la figure de Dieu lui-même, des anges et des saints, des animaux fabuleux et des personnages mythiques…
Ils ont également dessiné, peint, incisé et sculpté des choses irréelles issues du monde des songes et des rêves…
Il faut imaginer, à défaut de le savoir, qu’autrefois, ceux qui créaient des images regardaient un arbre à la campagne qu’ils peignaient plus tard à la maison.
Entre la campagne et la maison, l’arbre avait changé, car la mémoire change l’aspect des choses.
L’image que l’on crée est toujours différente de la chose qui lui a servi de modèle.
Tenter de la rendre identique relève de la folie, mais ça, c’est une autre histoire.

Le passage à l’acte de la volonté que je porte en moi de créer une image demande des instruments, des pigments et des supports appropriés, mais surtout la maîtrise de mes gestes.
Une fois la décision prise de passer de l’intérieur de ma tête vers le dehors, mon corps prend le relais de la création, ma main se met à penser et mes yeux anticipent sur le support choisi le moindre de mes mouvements.
Une image commence toujours par des lignes et des traits encore hésitants qui émergent d’un souvenir et qui vaguent à la surface du papier.
Ma main va-t-elle réussir à les conduire au travers des multiples chemins qui mènent à la représentation de la figure désirée ? Mais quelle est-elle, cette figure ? Celle de la chose vue, entendue, sentie, qui a déclenché en moi le processus que je suis en train de vivre ou l’autre, celle qui, modifiée par ma mémoire, s’impose à présent à moi comme un nouveau territoire à découvrir ?
Avec les gestes, commence alors l’indicible mystère de la création.

As Imagens e as Palavras

Questiono-me, há muito, sobre os diferentes tipos de relações que as palavras entretecem com as imagens e vice-versa.
Encanta-me o facto que um grupo de palavras possa fazer surgir imediatamente uma imagem como as dos haïkaïs.
A que momento da escrita ou da leitura isso acontece?
Quando desenho, a que momento do movimento do contorno surge a figura que traço?
Neste haïku de Bonchô, todas as palavras se conjugam para construir a totalidade da imagem. Quanto ao movimento suposto dos elementos da cena, esses dependem mais da imaginação de cada leitor:

Na bruma
A raposa deixa brincar
Os seus filhos

No seu poema ortónimo « Três ciprestes » Fernando Pessoa cria ele mesmo o movimento das coisas, da luz, das modificações através duma associação de palavras tão singular como surpreendente:

Três ciprestes, e a lua por detrás do do meio…
Invisível e halo em torno a ele
E os outros dois batidos de lado p’lo luar…
Branco o seu lado e mais negro que negros do atro…
Uma brisa através da folhagem… Veio aquele
Luar tornar-se mais cousa nua…
Mas o vulto-sensação dos três ciprestes fica neutro
Imóvel, três, àquem do luar…
E ouvia-se a hora toda chegar e estacar…

Um outro poema ortónimo de Pessoa me intriga ainda mais:

Passa um vulto entre as árvores…
Segue-o a sombra do vulto entre as árvores…
E o vulto é a floresta em si que passa entre as árvores…
(Fogos-fátuos sobre a sombra entre as árvores)
Mas não há arvores: há só entre-as-árvores.

Inversamente aos haïkaïs, que desenham as imagens dos factos com uma exactidão imediata, parece-me evidente que Pessoa traça neste dois poemas imagens foscas, viráveis, indecisas que aparecem e que desaparecem.
No poema « Três ciprestes » o poeta começa por fazer surgir três árvores. Depois pinta uma lua por detrás da do meio o que modifica o conjunto. Em seguida, ilumina o invisível com um halo que ele alastra às duas outras. A frase « Branco o seu lado e mais negro que negros do atro… », duplamente dramática e enigmática, percepciono-a como uma suspensão cujo objectivo consiste em criar uma imagem estática que irá contrastar com a imagem-movimento que lhe sucede: « Uma brisa através da folhagem… » antes de nomear e significar expressamente a imobilidade: « Imóvel, três, àquem do luar… », fazer surgir o tempo e estacá-lo.
No poema « Passa um vulto entre as árvores… », Pessoa desenha as presença privilegiando as omissões, os intervalos assim como as cavidades das coisas ditas.
À maneira dos artistas chineses, Pessoa pinta o pleno e o vazio.
Os movimentos do que passa (a figura), do que segue (a sombra) do que vibra (fogos-fátuos) também não existem.
Existem somente as ausências terrivelmente visíveis através das palavras.

As palavras criam imagens e as imagens suscitam palavras na minha cabeça e até é possível que elas surjam também na cabeça dos outros, mas porquê?
Quando uma imagem surge duma palavra, será que surge do sentido dela ou da articulação da frase?
Se eu fosse « saussuriano » poria a questão nestes termos: a imagem nasce do significado ou do significante?
Pouco importa…

Cai um pássaro do ar, devagar, muito devagar.
E as árvores soturnas não se mexem.
Estio!
Não se vêem bulir as árvores, em bloco, ou aos arcos, estampadas…
Elegante Lapa! Sol fosco, paisagem de manhã.
A gente do sítio, pobreza e riqueza, ainda recolhida.
Aqui, uma janela discreta que se abre, preta, cega.
Ali outra fechada.
E esta alternância, bastante irregular, vai-se repetindo, repete-se…
E eu, ai eu! Prisioneira, sempre prisioneira; tão enfadada!

Quando leio os três primeiros versos deste belo poema de Irene Lisboa, não posso impedir o meu cérebro de remeter de novo o meu pensamento para os haïkaïs japoneses.

Cai um pássaro do ar, devagar, muito devagar.
E as árvores soturnas não se mexem.
Estio!

Eles oferecem ao meu olhar uma imagem perfeita, exacta, do lugar, do momento e dos diversos movimentos que a animam. A composição da imagem se prossegue com a frase: « Não se vêem bulir as árvores, em bloco, ou aos arcos, estampadas… ».
Esta maneira de dizer o que não se vê, contudo mostrando, fascina-me.
Mais fascinante ainda é a conclusão desta frase onde tudo se concentre abruptamente na palavra « estampadas », palavra carregada de referência picturais.
Irene Lisboa prossegue o seu poema com palavras que retratam a invisibilidade daqueles e daquelas que se manifestam através de índices visíveis; a sucessão de janelas que se abrem e que se fecham que introduzem o ritmo do tempo que passa.
O fim do poema revela-me o estado de espírito da poetisa que originou à escrita-desenho deste magnifico poema.
Digo escrita-desenho porque prefiro a significação concisa da palavra « desenho » à palavra « pintura » que remete imediatamente o meu pensamento para uma pluralidade de técnicas que tornam, a meus olhos, esta palavra confusa e imprecisa.

Cada vez que leio um poema de Irene Lisboa, vejo imagens de diferentes naturezas.
Algumas vozes poderiam dizer que eu as vejo por doença.
Se tal é o caso, amo a minha doença e imploro a Deus, aos Anjos e a todos os seus Santos para que eles continuem a me infligir uma tal enfermidade.

Uma outra poetisa mergulha-me num estado profundo de iluminação.
Trata-se de Florbela Espanca :

Tirar dentro do peito a Emoção,
A lúcida Verdade, o Sentimento!
E ser, depois de vir do coração,
Um punhado de cinza esparso ao vento!…

Sonhar um verso de alto pensamento,
E puro como um ritmo de oração!
E ser, depois de vir do coração,
O pó, o nada, o sonho dum momento!…

São assim ocos, rudes, os meus versos:
Rimas perdidas, vendavais dispersos,
Com que eu iludo os outros, com que minto!

Quem me dera encontrar o verso puro,
O verso altivo e forte, estranho e duro,
Que dissesse, a chorar, isto que sinto!!

Ao ler o primeiro verso deste poema, recordei-me de um outro texto, doutro escritor, José Gomes Ferreira, « O Sabor das Trevas » que começa assim:

O despertador retiniu com fúria luminosa na mesinha de cabeceira e o senhor Retrós enfiou os pés nas chinelas atarantadas. A seguir, no laboratório da casa de banho, rasgou o peito com um bisturi fantástico e substituiu o coração pelo despertador. Isto depois de regulá-lo convenientemente para que, de meia em meia hora, com retoques estrídulos, lhe recordasse que existia.

O verso de início do poema de Florbela Espanca « Tirar dentro do peito a Emoção » e a frase « … rasgou o peito com um bisturi fantástico e substituiu o coração pelo despertador. » de José Gomes Ferreira, criam na minha imaginação imagem que abrem a porta ao onirismo.
Bem entendido, a emoção suscitada pelo poema de Florbela Espanca não se confunde com o sorriso que me vem aos lábios quando desfruto a ironia do texto de José Gomes Ferreira.
Acontece-me, por vezes, de reunir textos par uso pessoal, a fim de sonhar e fecundar com outras imagens o meu espírito.
Foi o que fiz quando procedi à montagem dos três últimos versos das três primeiras estrofes do poema de Florbela Espanca :

Um punhado de cinza esparso ao vento!…
O pó, o nada, o sonho dum momento!…
Com que eu iludo os outros, com que minto!

Depois de o ter feito, dei-me conta que o sentido que nasce deste conjunto de versos poderia tornar-se o meu credo por ele tanto se parecer com a arte que pratico.

As coincidências não existem, tão pouco o destino.
Existem somente ligações e compartilhamentos.
Agradeço a Natália Correia de compartilhar comigo os seus gostos e as suas crenças, em todos pontos idênticos aos meus.
Os seus gostos e as suas crenças, expressos através das palavras deste seu poema, despertaram em mim uma vontade impetuosa de traduzir numa pluralidade simultânea de movimentos as imagens que surgiram dentro da minha cabeça.

Creio nos anjos que andam pelo mundo,
Creio na Deusa com olhos de diamantes,
Creio em amores lunares com piano ao fundo,
Creio nas lendas, nas fadas, nos atlantes,

Creio num engenho que falta mais fecundo
De harmonizar as partes dissonantes,
Creio que tudo eterno num segundo,
Creio num céu futuro que houve dantes,

Creio nos deuses de um astral mais puro,
Na flor humilde que se encosta ao muro,
Creio na carne que enfeitiça o além,

Creio no incrível, nas coisas assombrosas,
Na ocupação do mundo pelas rosas,
Creio que o Amor tem asas de ouro. Ámen.

José-Manuel Xavier
Argenton sur Creuse 2022

Les Images et les Mots

Je me questionne, depuis longtemps, sur les différents types de relations que les mots entretiennent avec les images et vice-versa.
Je suis charmé par le fait qu’un groupe de mots puisse faire immédiatement « image », comme dans les haïkaïs.
À quel moment de l’écriture ou de la lecture apparaît-elle ? Et, quand je dessine, à quel moment du mouvement de son contour apparaît la figure que je trace ?
Dans le haïku de Bonchô ci-dessous, tous les mots se conjuguent pour faire « image ».
Quant au mouvement supposé des éléments de la scène, il dépend de l’imagination de chaque lecteur :

Dans les vapeurs
La renarde laisse jouer
Ses petits

Traduction de Maurice Coyaud

Dans le poème orthonyme de Fernando Pessoa, « Trois cyprès » le poète a créé lui-même le mouvement à la fois des choses, de la lumière et des changements d’état au travers d’une association de mots aussi singulière qu’étonnante :

Três ciprestes, e a lua por detrás do do meio…
Invisível e halo em torno a ele
E os outros dois batidos de lado p’lo luar…
Branco o seu lado e mais negro que negros do atro…
Uma brisa através da folhagem… Veio aquele
Luar tornar-se mais cousa nua…
Mas o vulto-sensação dos três ciprestes fica neutro
Imóvel, três, àquem do luar…
E ouvia-se a hora toda chegar e estacar…

Il faut être téméraire pour oser traduire ce poème écrit avec une telle liberté de langage.
Ne pouvant pas résister à l’envie qui me prends, je tente le coup :

Trois cyprès, et la lune derrière celui du milieu…
L’invisible et le halo l’entourent
Et les deux autres battus de côté par le clair de lune…
Blanc son côté et plus noir que les noirs lugubres…
Une brise à travers le feuillage… Vient ce
Clair de lune qui devient chose nue…
Mais la figure-sensation des trois cyprès reste neutre
Immobile, trois, de ce côté-ci du clair de lune…
Et l’on entendait toute l’heure arriver et s’arrêter…

Un autre poème orthonyme de Pessoa m’intrigue encore plus :

Passa um vulto entre as árvores…
Segue-o a sombra do vulto entre as árvores…
E o vulto é a floresta em si que passa entre as árvores…
(Fogos-fátuos sobre a sombra entre as árvores)
Mas não há arvores: há só entre-as-árvores.

Passe une figure entre les arbres…
Son ombre la suit entre les arbres…
Et la figure est la forêt elle-même qui passe entre les arbres…
(Feux follets sur l’ombre entre les arbres)
Mais il n’y a pas d’arbres : il n’y a qu’entre les arbres.

Contrairement aux haïkaïs qui tracent les images des faits avec une exactitude immédiate, il me semble évident que Pessoa dépeint dans ces deux poèmes des images impermanentes, changeantes, indécises, qui apparaissent et disparaissent.
Dans le poème « Trois cyprès », il pose d’emblée trois arbres, puis peint une lune derrière celui du milieu qui modifie l’ensemble. Il éclaire ensuite l’invisible avec un halo qu’il estompe sur les deux autres. La phrase : « Blanc son côté et plus noir que les noirs lugubres… », tout aussi intensément dramatique qu’énigmatique, je la perçois comme une suspension dont le but serait de créer une image statique qui contraste avec l’image-mouvement qui suit : « Une brise à travers le feuillage… » avant que l’immobilité ne soit expressément nommée, signifiée : « Immobile, trois, de ce côté-ci du clair de lune… » et que le temps s’arrête et soit.

Dans le deuxième poème, «  Passe une figure entre les arbres » Pessoa dessine les présences tout en privilégiant les omissions, les intervalles ainsi que les creux des choses dites. À la manière des peintres chinois, Pessoa peint le plein et le vide.
Les mouvements de ce qui passe (la figure), de ce qui suit (l’ombre) et de ce qui vibre (feux follets) n’existent pas non plus.
Il n’existe que des absences terriblement visibles au travers des mots.

Les mots créent des images et les images suscitent des mots dans ma tête, c’est certain et peut-être qu’elles surgissent même dans la tête des autres, mais pourquoi ?
Quand une image surgit du mot, surgit-elle à cause de son sens ou de l’articulation de la phrase ?
Si j’étais saussurien, je poserais la question : l’image naît-elle du signifiant ou du signifié ?
Peu importe…

Cai um pássaro do ar, devagar, muito devagar.
E as árvores soturnas não se mexem.
Estio!
Não se vêem bulir as árvores, em bloco, ou aos arcos, estampadas…
Elegante Lapa! Sol fosco, paisagem de manhã.
A gente do sítio, pobreza e riqueza, ainda recolhida.
Aqui, uma janela discreta que se abre, preta, cega.
Ali outra fechada.
E esta alternância, bastante irregular, vai-se repetindo, repete-se…
E eu, ai eu! Prisioneira, sempre prisioneira; tão enfadada!

Quand je lis les trois premières strophes de ce beau poème de Irene Lisboa, je ne peux m’empêcher de renvoyer ma pensée aux haïkaïs japonais :

Tombe du ciel un oiseau, lentement, très lentement.
Et les arbres sombres ne bougent pas.
Été !

Mais avant d’aller plus loin, il faut d’abord traduire tout le poème :

Tombe du ciel un oiseau, lentement, très lentement.
Et les arbres sombres ne bougent pas.
Été !
On ne voit pas frémir les arbres, en bloc, ou courbés, estampés…
Élégant abri ! Soleil mat, paysage du matin.
Les gens du lieu, pauvreté et richesse, encore recueillis.
Ici, une fenêtre discrète qui s’ouvre, noire, aveugle.
Là, une autre fermée.
Et cette alternance, très irrégulière, se répète, se répète…
Et moi, hélas! prisonnière, toujours prisonnière; si ennuyée!

Les trois premières strophes de ce poème me donnent à voir une image parfaite, exacte, du lieu, du moment et des divers mouvements qui l’animent. Puis la composition de l’image se poursuit avec la phrase : « On ne voit pas frémir les arbres, en bloc, ou courbés, estampés… ».
Cette manière de dire ce que l’on ne voit pas tout en le montrant me fascine. Plus fascinante encore est la conclusion de la phrase où tout se concentre d’un coup dans le mot : « estampés », mot ô combien chargé de références picturales.
Le poème se poursuit avec les mots qui dépeignent l’omniprésence de ceux et de celles qui se manifestent au travers d’indices visibles; la succession de fenêtres qui s’ouvrent et qui se ferment et qui introduit le rythme du temps qui passe.
La fin du poème me révèle l’état d’esprit de la poétesse qui a présidé à l’écriture-dessin de ce magnifique poème.
Je dis l’écriture-dessin, parce que je préfère la signification concise du mot dessin au mot peinture qui renvoie immédiatement ma pensée vers une pluralité de techniques qui rendent à mes yeux ce mot confus et imprécis.

Chaque fois que je lis un poème d’Irène Lisboa, je vois des images de différentes natures.
Certains diraient que je suis malade d’avoir cette certitude.
Si tel est le cas, j’aime ma maladie et je prie Dieu, les Anges et tous ses Saints de continuer à m’infliger une telle infirmité.
Une autre poétesse me plonge également dans un état d’illumination profond.
Il s’agit de Florbela Espanca :

Tirar dentro do peito a Emoção,
A lúcida Verdade, o Sentimento!
E ser, depois de vir do coração,
Um punhado de cinza esparso ao vento!…

Sonhar um verso de alto pensamento,
E puro como um ritmo de oração!
E ser, depois de vir do coração,
O pó, o nada, o sonho dum momento!…

São assim ocos, rudes, os meus versos:
Rimas perdidas, vendavais dispersos,
Com que eu iludo os outros, com que minto!

Quem me dera encontrar o verso puro,
O verso altivo e forte, estranho e duro,
Que dissesse, a chorar, isto que sinto!!

Retirer de la poitrine l’émotion,
La lucide vérité, le sentiment !
Et être, une fois sorti du cœur,
Une poignée de cendres éparses au vent…

Rêver un vers de haute pensée,
Pur comme un rythme d’oraison !
Et être, une fois sorti du cœur,
La poussière, le néant, le rêve d’un instant…

Ils sont ainsi, creux, rudes mes vers :
Rimes perdues, tempêtes dispersées,
Avec lesquels je dupe les autres, et je mens !

Comme j’aimerais trouver le vers pur,
Le vers élevé et fort, étrange et dur,
Qui dirait, en pleurant, ce que je ressens !!

En lisant la phrase par laquelle commence ce poème, je me suis souvenu d’un autre texte, d’un autre écrivain, José Gomes Ferreira, « O Sabor das Trevas » (La Saveur des Ténèbres) qui commence ainsi :

O despertador retiniu com fúria luminosa na mesinha de cabeceira e o senhor Retrós enfiou os pés nas chinelas atarantadas. A seguir, no laboratório da casa de banho, rasgou o peito com um bisturi fantástico e substituiu o coração pelo despertador. Isto depois de regulá-lo convenientemente para que, de meia em meia hora, com retoques estrídulos, lhe recordasse que existia.

Le réveil-matin a retenti avec une furie lumineuse sur la petite table de chevet et monsieur Retrós a enfilé ses pieds dans ses pantoufles embarrassées. Puis, dans labo de sa salle de bains, il s’est déchiré sa poitrine avec un bistouri fantastique, pour remplacer son cœur par le réveil-matin. Ceci après l’avoir réglé convenablement pour que, toutes les demi-heures, avec des sonneries stridentes, il lui rappelle qu’il existait.

La phrase qui débute le poème de Florbela Espanca « Retirer de la poitrine l’émotion, » et celle de José Gomes Ferreira «… il s’est déchiré sa poitrine avec un bistouri fantastique, pour remplacer son cœur par le réveil-matin » créent dans mon imagination des images qui ouvrent les portes de l’onirisme.
Bien entendu, l’émotion suscitée par le poème de Florbela Espanca n’est pas à confondre avec le sourire qui me vient aux lèvres quand je déguste l’ironie du texte de José Gomes Ferreira.
Il m’arrive, parfois, de procéder au collage de textes à mon usage personnel afin de
songer et nourrir mon esprit d’autres images.
C’est dans ce sens que j’ai procédé au montage des dernières phrases des trois premières strophes du poème de Florbela Espanca :

Une poignée de cendres éparses au vent…
La poussière, le néant, le rêve d’un instant…
Avec lesquels je dupe les autres, et je mens !

Après l’avoir fait, je me rends compte que le sens qui se dégage de l’ensemble de ces phrases pourrait devenir mon credo, tant il ressemble à l’art que je pratique.

Les coïncidences n’existent pas, pas plus que le destin.
Seul les liens et le partage existent.
Je remercie Natalia Correia de partager avec moi ses goûts et ses croyances en tout point identiques aux miennes.
Ses goûts et ses croyances, exprimés au travers des mot du poème ci-dessous, réveillent en moi une envie terrible de traduire en une pluralité simultanée de mouvements les images qu’ils ont fait surgir dans ma tête.

Creio nos anjos que andam pelo mundo,
Creio na Deusa com olhos de diamantes,
Creio em amores lunares com piano ao fundo,
Creio nas lendas, nas fadas, nos atlantes,

Creio num engenho que falta mais fecundo
De harmonizar as partes dissonantes,
Creio que tudo eterno num segundo,
Creio num céu futuro que houve dantes,

Creio nos deuses de um astral mais puro,
Na flor humilde que se encosta ao muro,
Creio na carne que enfeitiça o além,

Creio no incrível, nas coisas assombrosas,
Na ocupação do mundo pelas rosas,
Creio que o Amor tem asas de ouro. Ámen.

Je crois aux anges qui parcourent le monde,
Je crois à la Déesse aux yeux de diamants,
Je crois aux amours lunaires avec piano au fond,
Je crois aux légendes, aux fées, aux atlantes,

Je crois à une ingéniosité plus féconde qui manque
Pour harmoniser les parties dissonantes,
Je crois que tout est éternel en une seconde,
Je crois à un ciel futur qui a existé

Je crois aux dieux d’un astral plus pur,
À la fleur humble qui prends appui contre le mur,
Je crois à la chair qui ensorcelle le lointain,

Je crois à l’incroyable, aux choses hantées,
À l’occupation du monde par les roses,
Je crois que l’amour a des ailes d’or. Amen.

José-Manuel Xavier
Argenton sur Creuse 2022

Mouvements intimes-IV

À l’éblouissement du blanc du commencement s’est succédé une hiérarchie d’images triviales qui infestent ma mémoire.
Je tourne mon regard vers ce que je peux voir de moi, mes bras, mes mains, mon torse, mes jambes…
C’est bien peu pour que je sache qui je suis.
La feuille blanche sur laquelle mes mains reposent ressemble à mes débuts.
Vais-je la noircir avec mes réflexions embrumées ?
J’hésite.
Pourquoi enlaidirais-je cette parcelle de territoire propre avec les scories de mon dedans ?
Quand parfois je me décide, je me soucie plus de la dextérité de mes mains que des mots et des images que j’aligne comme des semences parce que je sais, au bout de tant de tentatives que, quelle que soit leur disposition, la récolte s’avérera insuffisante pour m’apaiser.
Toutefois, me voici une fois encore en train d’essayer de dire ce que je devrais taire.
Le monde que je vois n’est pas le monde.
Ce ne sont que des images décousues d’une leçon apprise.
Comme pour me prouver ce que je sais déjà, je prends ma plume et je trace un trait sur la surface blanche de la feuille de papier.
Avant de l’avoir fait, mon regard caressait le blanc comme s’il touchait le silence.
À présent, mes yeux ne voient plus que le trait.
Il est là, insistant…
Je le reconnais en tant que trait, car on m’a appris qu’un trait était un trait et même qu’un arbre était un arbre, que le ciel est le ciel et que les nuages sont des nuages.
Cependant, si je continuais à tracer sur ce qui reste de blanc autant de traits que le nombre de choses que l’on m’a appris à nommer et à identifier, la feuille finirait par devenir noire.
Est-ce vers ça que ma vie s’achemine ?
Qu’ai-je fait pour éviter l’obscurcissement ?
J’ai essayé de tout rejeter et de me retenir.
Je lutte contre les entassements qui embarrassent mon regard et qui m’empêchent de voir le lointain.
C’est de l’horizon que l’inconnu me parvient.
C’est de là aussi que les nuages viennent, mais ces nuages-là ne sont pas les nuages définis par le mot « nuages » parce qu’aucun mot ne peut définir un tel mystère.
J’écris donc non pas pour dire les choses que je connais, mais pour faire surgir dans le « ciel » de mon ignorance quelques traces inattendues.
Sur ce chemin, personne ne me suit.
Je suis seul et j’entends le rester.

Mouvements intimes-III

Les mouvements de mon âme s’étendent comme un océan au-delà de l’imaginable…
– Mais Monsieur, qu’est-ce que l’âme ? – me demande avec un sourire narquois un de ces imbéciles que l’on rencontre à chaque coin de rue.
Pour ne pas racornir davantage le pois chiche qui lui tient lieu de cerveau, je passe mon chemin.
Tout en marchant, je me dis : les signes ne sont que des mots…
Les mots ne sont que des signes…
Cependant, mots et signes m’agacent.
Je cherche depuis longtemps à mouvementer quelques uns qui ne signifierait rien.
Peine perdue…
Ils résistent et ils signifient toujours quelque chose pour les autres.
Dans ma tête, je surprends un bavardage entre deux ombres amies qui se disent :
Quel plaisir de se retrouver !
Oui, ça faisait longtemps…
Dis-moi, y a-t-il de la musique de l’autre côté ?
L’autre côté n’existe pas.
Tu n’écoutes plus de musique alors…
J’écoute celle qui est en moi et toi ?
J’en écoute la nuit, jusqu’aux portes de l’aurore…
Pourquoi jusqu’à si tard ?
Parce que j’aime attacher les sons à la solitude.
Cette phrase de l’ombre me donne à réfléchir…
Dans ma tête, je vis seul depuis toujours et pourtant je ne me sens pas désespéré.
À présent, je suis suffisamment vieux pour pouvoir contempler, enfin, l’écheveau de traces que je laisse derrière moi.
Je trouve qu’il ressemble à un raturage gigantesque qui occulte d’innombrables désordres parmi lesquels, ceux de mon âme.
Oui, oui, je crois définitivement à l’âme.
Je dis : « je crois », parce que l’existence de l’âme étant improbable, elle ne peut être que le fruit d’une croyance, toutefois…
Je crois à l’âme parce que je la sens en moi et, parfois, à l’extérieur de moi.
Quand mon âme s’en va, elle emporte avec elle mes souvenirs et mes songes pour aller les déposer dans le lointain…
Quand elle revient de ses escapades, elle m’apporte d’autres souvenirs, de choses et de lieux que je n’ai jamais vu où je n’ai jamais vécus.
Tout cela m’apaise…
Quand les choses m’intriguent, je me sens serein.
La curiosité qui naît alors en moi m’ouvre des chemins inattendus.
J’ai toujours aimé parcourir des chemins inconnus.
Les choses qui viennent dans ma direction, me dépassent et s’en vont.
Les pas qui m’entraînent vers l’avant sont peut-être ma manière de ne pas réfléchir au moment présent, d’envoyer le connu à l’arrière, d’être ouvert en permanence sur le nouveau.
Je ne me souviens plus du moment où j’ai commencé à négliger les mots pour leur préférer les gestes.
Je pense cependant connaître la raison ; je me sens moins dupé par les gestes.
Les mots traînent toujours avec eux un fond de ressentiment, d’amertume, de frustrations diverses sauf quand on les met à distance et qu’on les considère comme des broussailles sonores dépourvues de sens.
Aucun mot ne m’a jamais apporté du réconfort.
Un regard, un mouvement de paupières, un geste de mains qui s’enlacent, jamais ne pourront être dépeints au travers de la banalité des mots.
Tous les mots d’une langue ne disent que des mots.
Je n’apprécie en eux que leur imprécision.
Ils ne me plaisent que quand ils se conjuguent pour dessiner dans ma mémoire un souvenir au contour diffus, comme estompé au noir de fumée.
De souvenirs incertains ?
Ma tête en est pleine…
Que d’images peuvent être retirées d’un geste qui remonte à la surface de la mémoire !
Les mots, je les oublie…
Peut-être parce qu’ils m’expliquent tout sans rien me montrer.
Depuis longtemps, je ne cherche plus à savoir ce qu’ils contiennent, mais plutôt à déceler les intentions de ceux qui les utilisent.
Le langage est rarement innocent.
Je veux oublier les paroles, pour ignorer l’amertume et saisir la beauté des choses en silence.
Le chemin du désapprendre qui me reste encore à parcourir, transporte mon regard vers le lointain.
Ah! Comme il me plaît d’avancer vers l’inconnu…

Mouvements intimes-II

Mon silence est rempli de mouvements.
Mes mouvements sont remplis de souvenirs.
Mes souvenirs sont remplis de songes.
Mes songes sont remplis de nuages.
Mes nuages sont remplis de secrets.
Ainsi va ma vie.

J’occulte ce qui est pour créer du mystère.
Puis, je plonge au plus profond de lui pour trouver les choses qui m’enchantent.
Du désordre de ces choses naissent des figures indicibles.
Elles font danser mon regard.
Elles me transportent de joie, ailleurs…
Toujours ailleurs.
Toujours loin.
Loin…
Quelque part.

Mon pays se trouve là-bas, pas ici.
Mon ici est rempli d’objets inertes chargés de souvenirs.
Leurs souvenirs sont remplis de nostalgie, de songes fanés, de secrets éteints.
Ainsi va leur vie.
Quand parfois je les touche, je les entends murmurer.
Que murmurent-ils ?
Leurs peines, leurs souffrances.
On croirait entendre des humains.

Seules les feuilles de papier blanc ne disent rien.
Je les caresse pour les remercier.
Je leur demande si elles m’autorisent un trait sur leur corps.
J’hésite, même quand elles acceptent.
C’est que les figures que je dessine sur elles doivent leur faire plaisir.
Que deviendrait mon dessin si je ne fais pas jouir le papier ?

Mouvements intimes-I

Lorsque je remplis de dessins les pages blanches d’un carnet avec l’intention de créer un mouvement, je me sens exister.
J’avance, j’improvise, je chemine au gré des images, mon esprit se libère et ma main devient joyeuse.
Ce que je ressens à ce moment-là, je ne peux le partager avec personne.
Je peux partager mon pain, mon eau, pas mes sentiments.
Ce que je crée est le fruit d’une activité intime.

Écrire me repose.
J’en ai besoin entre les lignes.
Quand j’écris, c’est pour Elle.
Mes mots sont comme des pierres posées ici et là.
Quand je lui demande de les lire, Elle les soulèvent avec grâce pour voir ce qui se cache en dessous. Là où d’autres ne trouvent rien, Elle découvre plein de choses subtiles.
Comme j’ai de la chance…

Quand les oiseaux me parlent, ils me disent des choses étonnantes.
L’un deux, qui m’a lu, me dit : comment voulez-vous que l’on vous comprenne quand vous dites : « Lorsque je remplis de dessins les pages blanches d’un carnet avec l’intention de créer un mouvement… » ?
Franchement !…
Il n’a pas tort.
J’ai souvent l’étrange manie de dire et d’écrire des choses qui semblent aller de soi, mais combien de gens savent que l’on peut cacher dans les pages d’un carnet ou d’un livre de beaux mouvements ?
Les oiseaux le savent parce qu’ils fréquentent les mêmes cieux que les anges et qu’ils échangent entre eux des propos fins et intelligents.
Les créatures qui volent sont plus sensibles que les lourdauds de la terre, c’est sûr.
Leur pensée est si aérée qu’elles peuvent tout sentir au travers de leurs intuitions.
Ceux d’en bas, il leur faut comprendre, mais – me dit l’oiseau – comment voulez-vous qu’ils comprennent quoi que ce soit avec un cerveau plus lourd que l’âme ?

C’est si fragile, une page de carnet, surtout quand elle porte une figure qui la rend encore plus délicate.
Il y a longtemps, quand je l’ai vue dessiner pour la première fois, j’ai assisté au miracle que seuls ceux qui possèdent une âme pure peuvent accomplir, transformer une feuille de papier en un territoire d’émotions.
Elle l’a fait avec des gestes adultes portés par la grâce de l’innocence.
Je fus émerveillé par les figures qu’Elle traçait.
Moi, qui étais plongé dans l’obscurité, j’ai ainsi appris la lumière…

Quand je deviens nuage, je m’évapore, je me rends discret et je me transforme au gré du vent.
J’aime quand je change de couleur, que je me pare de gris soyeux avant de devenir pluie.
Je me précipite alors avec joie sur le sommet des arbres pour ralentir au travers de leurs feuillages ma chute jusqu’à devenir une infime gouttelette qui pénètre le sol en le caressant.

Avec la même délicatesse, je traverse ce qui fut…
Avec la même délicatesse, je plonge dans ce qui adviendra…
Avec la même délicatesse, je prends mes songes entre mes doigts…
Comme s’ils étaient des fleurs, je les garde entre les pages d’un livre irréel.
Puis, quand l’envie me prend, je leur souffle dessus pour qu’ils reprennent vie…
C’est si beau de les voir reprendre leur course.

Dès que je saisis mon pinceau, j’entends les traits encore retenus dans l’encre me murmurer vers où ils entendent aller.
En satisfaisant leurs désirs, je me laisse conduire au-delà de l’inimaginable.
Il faut pour cela que nous traversions des milliers de haies épaisses de pensées confuses pour atteindre l’immense espace vierge de l’imprévisible.

Mes échanges avec Ganda sont inégalés.
Ganda est une femelle rhinocéros unicorne d’Asie qui m’a été offerte par un très vieux peintre allemand.
Maintenant qu’elle est âgée et qu’elle ne bouge plus beaucoup, elle a acquis une compréhension de l’immobilité étonnante.
Avant de commencer, m’a dit Ganda un soir, il ne faut rien anticiper, il faut demeurer en attente, mais à l’affût, et foncer tête baissée dès que l’on sent le désir d’avancer…
D’avancer ? Mais pour aller où ?
Ça, c’est déjà anticiper – m’a répondu la bête, la tête reposée entre ses pattes de devant.
Puis, elle s’est mise à me raconter son histoire pour que je saisisse le parcours qui va de la vie au papier.

Appuyé contre le tronc de l’arbre, il me semble l’entendre respirer, mais ce que j’entends n’est pas nommable.
Il y a des choses sans mots ou peut-être des choses que les mots ne savent dire, car les meilleurs étant indicibles il vaut mieux les sentir que de vouloir les exprimer à tout prix.
Quand je me ramasse sur moi-même et que j’entoure mes jambes avec mes bras, j’ai la faculté de m’élever au-dessus des autres.
Quand je le fais, je disparais de leur regard.
Pourquoi ?
Peut-être que peu de gens regardent vers le haut…
Ou peut-être que je ne cherche pas à provoquer avec mon geste un effet…
Ce que je fais est vrai, donc invisible…

J’aime le vent parce que je ne le vois pas.
Je le sens s’insinuer autour de mes traits les faisant onduler à la perfection.
Les sons, je les entends et les plus beaux me parviennent du lointain.
La lumière, quand elle se divise en raies étroites animées par des mouvements lents de poussière, m’emporte dans le passé.
J’aime aussi toucher d’un doigt un peu de craie noire pour créer d’un geste vif une étoile filante sombre qui coupe en diagonale le silence du blanc de la page.
Ah! Les choses innombrables que l’invisible contient…

Quand je veux sentir, je ferme les yeux.
Quand je veux voyager, je lis des mots.
Les mots me soulèvent et m’emportent au-dessus d’une immense étendue d’images mouvantes. Elles se prolongent jusqu’à l’infini.
J’aperçois au loin un grand voilier qui les survole.
À son bord, deux femmes me saluent lors de mon passage…
J’ai demandé à la mouette qui m’accompagne : vers où allons-nous ?

Contente-toi de voler et prends plaisir à le faire – me répondit l’oiseau.

Poética da Ilusão de Movimento

Conferência de José-Manuel Xavier

CINANIMA – 2021

Como é costume nestas ocasiões, vou começar por me apresentar.
Sou José Manuel Barata Xavier nativo da cidade de Lisboa onde vivi até aos 20 anos.
Depois abalei para França onde vivo há 56 anos.

Vou começar por dizer o seguinte: quando alguém me pergunta: que faz o senhor na vida? Tenho por hábito responder quase sempre: nada!
Por vezes também respondo: vivo, mas esta resposta mergulha a maior parte das pessoas num oceano de perplexidade.
Este tipo de respostas resulta essencialmente da minha misantropia crónica.
Junta-se a esta atitude o facto de que aquilo que eu faço há décadas, ser uma actividade intima, difícil de explicar aos outros e por vezes a mim mesmo.

Vou então falar de mim e tentar dizer o que faço.
Que faço? Componho e escrevo movimentos.
Este facto, ligado ao meu gosto imoderado pela poesia, levou-me até à Poética.
Não sei se todos sabem o que é a Poética mas vou partir do princípio que sabem.

Retirei do estudo da Poética a substância que me permite falar hoje da poética do movimento, mas…
Como o movimento ao qual me dedico desde há muito tempo não é mais de que uma mera ilusão vou então falar da poética da ilusão de movimento que ocupa em permanência o meu espírito, o meu corpo e o meu tempo.

A poesia é a minha forma de linguagem predilecta.
A poesia agrada-me porque me permite pensar e dizer as coisas doutra maneira.
Na literatura em língua portuguesa, Florbela Espanca e Irene Lisboa ocupam um lugar privilegiado no meu coração.
Os diversos movimentos emocionais que os poemas destas autoras suscitam em mim, empolgam a minha própria criação.
Quando as leio fico sempre com uma vontade voraz de também escrever poesia.

Quando decido escrever um poema, utilizo de preferência uma caneta por que a tinta que sai do aparo permite-me sentir e seguir o movimento do desenho das letras e também de as ligar umas às outras até elas constituírem uma palavra.

Depois, o movimento da minha mão, dos meus dedos, desenha, quase sempre sem pressa, uma outra palavra e mais outra e mais outra até obter entre elas o bom entendimento necessário à criação de uma frase que transmita, de preferência, mais um sentimento ou uma emoção do que um sentido prosaico.

Quando escrevo um ou vários movimentos nas páginas de um caderno, procedo exactamente da mesma maneira: começo por desenhar com um pincel uma primeira figura sobre a primeira página, depois uma outra na segunda página que deduzo da primeira, depois uma terceira figura que deduzo da precedente e assim de seguida até preencher quase todas as páginas do caderno.
Quando por fim o folheio, os meus olhos lêem e o meu cérebro vê a ilusão que escrevi.

Le plaisir du Mouvement – I :
https://www.youtube.com/watch?v=WtpVySbMzZA
Le plaisir du Mouvement – II :
https://www.youtube.com/watch?v=6lcMov6abRc

Disse que os meus olhos lêem e que o meu cérebro vê porque na verdade é no cérebro que a ilusão de movimento nasce.
A ilusão de movimento é a resposta que o cérebro dá às coisas que ele não entende.
Dei a esta construção mental um nome, o Outro Movimento.

O Outro movimento distingue-se do movimento Universal que anima as estrelas e os planetas, que dá forma e aspecto à terra e a tudo o que ela contém e a tudo o que nela vive.
O Outro Movimento é um artefacto.
Imagino-o e confecciono-o de forma a criar a ilusão de que ele existe, o que não é verdade.
O outro movimento é um puro produto do pensamento, criado pelo pensamento e destinado a ser interpretado pelo pensamento.

O Outro Movimento não existe fora de mim como aquele que anima os seres e as coisas do mundo que me rodeiam.
O Outro Movimento aparece e desaparece na minha imaginação ao sabor dos artifícios que o suscitam.
Ele surge na minha cabeça e desenvolve-se sob a forma de ilusões.
As coisas que o Outro Movimento parece expressar e que se manifestam através dele dependem inteiramente das minhas decisões quando as escrevo ou as componho.

Uso o Outro Movimento para criar espanto, emoções, para tornar visíveis coisas improváveis, para mostrar coisas efémeras que não existem.
Tudo isto faz do Outro Movimento um fenómeno quase mágico, totalmente ilusório, que me agrada imenso, sobretudo por ele não estar sujeito a nenhuma força, nenhuma lei, nenhuma regra.

O Outro movimento é o território da total liberdade.
Brinco com ele para criar múltiplas ilusões que me reconfortam e através das quais tento transmitir aos meus semelhantes diversos sentimentos.

Danse des signes :
https://www.youtube.com/watch?v=-CcpY0Xmyfs
P & M :
https://www.youtube.com/watch?v=xY8KL52tbJc
Un coin pour dormir :
https://www.youtube.com/watch?v=mq6LNULhZYk

Escrever e desenhar são coisas idênticas e como são idênticas e que os instrumentos com que se desenha ou se escreve são iguais, eu retiro um prazer inefável em desenhar com palavras e em escrever com imagens.

As palavras sempre me ajudaram a escrever e a desenhar ilusões.
Quando as disponho numa determinada ordem, o que resulta deste arranjo permite-me imaginar uma infinidade de coisas: linhas que ondulam, que se movem e que se desfasem, traços que surgem e que se transformam em coisas que aparecem e que desaparecem, que tremem e que dançam ao sabor das minhas fantasias.

Mas o mais belo é que todos este signos, todos estes elementos gráficos de escrita, permitem-me traçar no tempo e no espaço movimentos únicos, genuínos, que não existiam antes de eu os ter criado.

Choses qui arrivent 1 – 2 – 3 – 4 :
https://www.youtube.com/watch?v=6sdK73Kf6BY
https://www.youtube.com/watch?v=EIs-F-bBqGw
https://www.youtube.com/watch?v=hCtK4tJzNR0
https://www.youtube.com/watch?v=SJ4KogQT2_c

Graças à Poética descobri que as figuras de estilo da linguagem e as figuras da imagem são idênticas.
As figuras de estilo, absorvia-as e agora, transformadas em intuições, elas vivem dentro de mim.
São elas que alimentam a minha imaginação.
Quando me aventuro no maravilhoso território do Outro movimento, a metáfora, a metonímia, a anáfora, o oximoro e tantas outras mais, são as minhas fiéis companheiras.
Elas são o conteúdo de tudo o que faço, o assunto de tudo o que mostro.
São elas que desencadeiam as acções de todas as figuras que parecem viver no branco do papel, à superficie do ecrã.

Contudo, a criação destas coisas continua a ser para mim um mistério.
Quando me interrogo sobre este mistério, rebobino o fio da minha memória até à minha infância para tentar saber donde me vem esta paixão constante e arrebatada pelo movimento.
A imagem imediata que me vem à menta é a do movimento do corpo de um caracol a sair da sua concha.

Devia ter 6 anos quando a fascinante viscosidade e a extrema lentidão da sua locomoção incentivaram a minha curiosidade por ele e pelo ambiente que o rodeava,
Creio que foi após o ver partir, lentamente, muito lentamente, deixando no solo o rasto prateado da sua trajectória que me tornei contemplativo e sensível ao movimento das coisas e às coisas em movimento.

O mundo que nos rodeia é duma beleza extraordinária, mas a maioria das pessoas não lhe prestam atenção nenhuma.
A arte em geral e a poesia em particular são as mais perfeitas maneiras de tentar dizer o sentimento de beleza que emerge de tudo o que se vê e de tudo o que se sente.
Qualquer criação, grande ou pequena, reside na vontade de transmitir este sentimento.

A poética, que trata do conjunto de procedimentos que entram na composição dum poema, ajudo-me a manter viva esta vontade, diria mesmo, a necessidades de criar e de transmitir sensações, emoções e sentimentos através do Outro movimento.
Quando falo de poética da ilusão de movimento falo portanto da maneira que me permitem atribuir a uma figura, a uma imagem a tal aparência de vida que, como diz San Juan de la Cruz, encanta e enamora.

A palavra enamora, remete a minha memória para a minha adolescência quando li, traduzida em português, a peça de William Shakespeare, Romeu e Julieta.
Apesar de ainda ser um catraio senti, mais do que percebi, que existem livros que nos transformam através da beleza das palavras e outros que não servem para nada, somente para matar o tempo, como dizia o meu mestre Alexandre Alexeïeff.

Desde esse dia, passei a ser considerado pelas pessoas do meu meio ambiente como um pequeno snobe, um pretensioso, um pedante, pelo facto de preferir Shakespeare a Jules Verne e os desenhos de William Blake às histórias em quadradinhos.

Todas estas considerações jamais me desviaram do meu caminho.
O meu caminho, que se parece mais com um rio movimentado do que com chão firme, permitiu-me compreender que a Poética não é somente um conjunto de procedimentos.
A Poética é, para mim, uma atitude, uma maneira de ser e de estar (como dizia o meu mestre e amigo Fernando Pessoa) e por consequência uma maneira de pensar, de dizer e de mostrar as coisas e o movimento das coisas poeticamente.

Eu não faço o que faço para adquirir estatuto, fazer filmes e ser conhecido.
Como diria a minha avó; Deus me livre!
Eu componho e escrevo movimentos que não existem para interrogar os mistério do movimento das coisas, o outro lado das coisas.
Os filmes e as experiências que faço são apenas a parte visível desta atitude, desta sede de beleza, mas o mais importante a dizer é que eu faço filmes e escrevo livros para tentar saber quem sou.

Em 2003, escrevi em francês um livro intitulado « La Poétique du Mouvement suivi du Carnet de l’animateur » onde dei a conhecer aos meus amigos franceses o movimento que anima a poesia de Fernando Pessoa.
Em 2007, escrevi em português um outro livro intitulado « Poética do Movimento » onde detalhei todos os dogmas, postulados e procedimento que utilizo para compor e escrever poeticamente o Outro Movimento.
Em 2018, este livro foi reeditado no Brasil pelo Núcleo de Cinema de Animação de Campinas numa versão revista e substancialmente aumentada e com um novo título: « Poética da ilusão de movimento ».
No mesmo ano, escrevi um novo livro intitulado « O movimento das coisas, talvez… » que relata serenamente a minha maneira de ver, de captar e de sentir de todas as maneiras o movimento.

Todos estes textos se confundem com o meu trabalho.
Na « Poética do Movimento », por exemplo, escrevi coisas que me serviram para mais tarde: « O espaço de representação duma animação poética deve-se distinguir do espaço de representação duma animação prosaica. As suas características devem privilegiar o movimento das coisas figuradas compostas e dispostas nele de maneira singular » e logo a seguir acrescentei: se no texto poético, o branco é o sinal gráfico da pausa ou do silêncio, sinal aliás natural na medida em que a ausência das palavras simboliza a ausência de voz, a superfície branca da representação deverá significar portanto : ausência, pausa ou silêncio.

O filme 28, que relata as peripécias do nosso múltiplo Poeta e do seu meio de transporte favorito e o filme « Várzea », realizado a partir dum poema e duma composição original para piano do meu Mestre e amigo Armando Servais Tiago, seguem à letre estes postulados.

28 :
https://www.youtube.com/watch?v=UWY9hdepUpY
Várzea :
https://www.youtube.com/watch?v=ZwU6gGQJliY

No meu caminho para as ilusões descobri, depois da melodia das palavras, os sons da música que estudei e pratiquei, não para me tornar músico, mas por prazer, como tudo o que faço, e também para tentar elucidar os mistérios da criação musical.

Por vezes, os movimentos da música revelam-me coisas inesperadas.
Convidado pelo meu amigo Fernando Galrito, expus na Escola Superior de Artes e Design de Caldas da Rainha meia dúzia de coisas que se mexem, que se transformam, que vibram e que aparecem e desaparecem em ecrãs dispostos verticalmente.
Intitulei estas coisas « 6 essais sur le mouvement ».
Se o titulo fosse em português talvez lhes tivesse chamado « 6 exercícios sobre o movimento » em homenagem a Domenico Scarlatti.

Antes de prosseguir o que desejo dizer-vos e mostrar-vos, permitam-me um desabafo: a música é um território de confusões e de equívocos.
Quando falo de música a alguém, há fortes chances que o meu interlocutor oiça dentro dele um fado e eu, uma sinfonia de Bruckner.
Este facto leva-me a crer que eu represento para a maioria das pessoas a figura do « mau de fita » dos filmes americanos que, como se sabe, são maus porque falam francês, ouvem somente música clássica, bebem « champagne » ou vinho em copos grandes e andam bem trajados.
Os outros, os « bons da fita », falam exclusivamente americano, ouvem música pop, bebem cerveja à garrafa, e metem sobre a cabeça bonés ao contrario.
Fim do desabafo.

6 Essais sur le mouvement :
https://www.youtube.com/watch?v=1tntroVv3tY

3 dos « 6 essais sur le mouvement » foram-me inspirados por movimentos musicais:

O primeiro dos seis ensaios foi-me inspirado por alguns aspectos da obra para piano de Maurice Ravel « Une barque sur l’océan » que afeiçoo muito; a fluidez e o brilho dos seus múltiplos motivos cintilantes que se misturam como perfumes.

O terceiro foi-me inspirado pelo início do primeiro quarteto de Penderecki com os seus motivos rítmicos insistentes e as suas sonoridades ao mesmo tempo surdas e ásperas que parecem provir de uma moita cheia de mistérios.

O quinto foi-me inspirado pela peça para cravo «Les Maillotins» de François Couperin, com a sua trama sonora alegre e saltitante, seca e granulosa como uma escrita rápida à pena sobre papel áspero, repleta de emendas.
Vou agora mostrar-vos, pela primeira vez em público, estes três ensaios acompanhados das músicas que os suscitaram.

3 Essais sur le mouvement :
https://www.youtube.com/watch?v=viQSxD0vTec

Se me permitem, vou falar um pouco mais do processo da composição do movimento do primeiro dos 6 ensaios porque acho que ele revela de maneira exemplar a minha atitude de poeta ilusionista.

Se eu fosse outro e sobretudo se eu fosse apreciador de gentis filmes de animação e desconhecedor de música talvez me tivesse apoiado no título « Uma barca no Oceano » em vez de me apoiar na estrutura dinâmica da música de Ravel.

Teria então feito uma imagem de tipo marina com uma bonita embarcação situada ao longe, perto do horizonte, sem esquecer o reflexo dela espelhada nas ondas.
Felizmente não sou assim.

Peguei numa folha de papel A4, coloquei-a à minha frente como para escrever uma carta ao Tesouro Público e comecei por desenhar, com um pincel, linhas ligeiramente irregulares, por vezes interrompidas e aproximadamente paralelas.
Depois, nesta espécie de pauta musical de quinze linhas, pintei com um pincel por cima e por debaixo de cada uma delas, aqui e ali, ao acaso, manchas negras.
Olhei para o resultado e, se me recordo, parei e foi comer qualquer coisa.

Quando regressei à minha mesa de trabalho e olhei para o que tinha feito, não pude deixar de pensar que a estética a preto e branco da imagem que tinha à minha frente provinha certamente do meu gosto imoderado pelo teclado dos pianos que coincide maravilhosamente com o conceito de página branca salpicada de manchas negras que significam para mim, sons, pausas e silêncio…

Quando terminei as 20 fases necessárias à fluidez do movimento de vai-e-vem das manchas negras, que dispus segundo o ritmo e a intensidade da música de Ravel, fechei os olhos e deixei esmorecer na minha mente os sons do piano até eles desaparecerem.
Aquilo que se vê no primeiro ensaio dos « 6 essais sur le mouvement » são portanto os rastos do movimento da música de Ravel.

Então e a música? Perguntam-me os adeptos do audiovisual.
A música de Ravel ficou e está onde deve estar, quieta, deitada nota por nota na sua partitura por que a música de Ravel, como todas as músicas que se dirigem à mente, não podem servir de papel para forrar ilusões.

O caminho da minha vida, que me leva a fazer o que faço, corre, como disse há pouco, como um rio onde mergulho par buscar no fundo da minha memória coisas esquecidas que trago para superfície, para reflectir, deixar pairar e depois erguer, o mais alto possível, nos céus do onirismo onde elas se perdem de novo.

Antes de realizar o filme « A Criação », que vai ser apresentado neste festival e que mais do que qualquer outro sintetiza todos os meus conceitos e a minha doutrina sobre a poética da ilusão de movimento, criei um outro, mais curto, que tem por título: « Anjos e Arcanjos, preludio à criação ».
Considerem, por favor, este ensaio como um conjunto de esboços, ou se preferirem como um compêndio de imagens e de movimentos preparatórios para o filme « A Criação ».

Anges et Archanges, prélude à la Création :
https://www.youtube.com/watch?v=UqbJyacHgyg

Como no filme « A Criação », « Anjos e Arcanjos » começa com o movimento de um traço.
Quando se traça algo sobre um suporte, o gesto da mão, que é um movimento, existe antes, durante e depois da figura estar concluída.
O traço, os traços, os traçados, as linhas, os contornos, as texturas, são sempre o resultado de gestos.
No filme « Anjos e Arcanjos » tal como no filme « A Criação », as figuras da imagem são aquilo que se vê e o movimento que parece dar-lhes vida é aquilo que se sente.
Foi isto que eu expliquei, um dia, na minha oficina ao meu amigo Fernando Pessoa.
Permitam-me que vos leia uma passagem do meu livro « O movimento das coisas talvez… »:

O interesse que o meu amigo Fernando tem pelos meus instrumentos de trabalho é mesmo espantoso.
Há uns dias atrás, surgiu a meu lado e, depois de ter observado minuciosamente todas as minhas lapiseiras, penas e pincéis, perguntou-me:
‒ Que está a fazer, José?
‒ Estou a animar.
‒ Ah ! E em que consiste animar ?
‒ Crio movimentos.
‒ Ah ! Julgava que o senhor desenhava.
Expliquei-lhe então que, para criar movimentos, é preciso começar por desenhar.
‒ Conte-me isso em pormenor.
‒ Não sei se consigo, mas diria que o desenho é o que se vê e o movimento é o que se sente.
‒ Não posso tentar criar um ? perguntou-me ele cheio de entusiasmo.
‒ Com prazer. Aqui tem aquilo de que precisa.
Para não o incomodar, deixei-o sozinho e fui à cozinha buscar uma gulodice ao frigorífico e preparar o jantar. Uma hora depois, quando voltei para a oficina, o Fernando tinha realizado assim, sem preparação, uma animação deslumbrante.
Um novo heterónimo acabava de nascer.

É nisto que consiste o essencial da Poética da ilusão de movimento.
Dar ao movimento o poder de exprimir e de transmitir as sensações, as impressões, as emoções e os sentimentos que todos nós sentimos quando as figuras se movem sobre um ecrã, sobre as páginas de um caderno ou sobre a face em cartão de um Fenaquitiscópio.

As imagens e as figuras da imagem, das quais toda a gente faz grande caso, são meras representações que dizem pouco ou quase nada sobre o que são.
Une traço não representa nada mais que ele mesmo.
Só um movimento apropriado permitira de o identificar enquanto ondulação duma vaga, haste curvada pelo vento, animal rastejante ou voluta de fumo.

No filme « Anjos e Arcanjos » o movimento conjuga diversos tipos de traços para que eles evoquem entidades improváveis que voam, que se deslocam, que se transformam, que se reunem para nos transmitir a estranha sensação onírica do estado de elevação.
« Anjos e Arcanjos » não conta nada, mostra.

A razão, o porquê do facto de eu nunca contar e preferir mostra vem-me da minha infância.
Recordo-me de que quando a minha avó me deitava com ternura na cama e que me aconchegava bem para eu não ter frio, ela sempre me perguntou: queres que te conte uma história para adormeceres? eu respondia-lhe logo: não avó estou cheio de sono.
Era mentira, o que eu cria era ficar sozinho, no meu mundo, para pensar nas minhas coisas.

Disse-vos há bocado que a poesia é a minha forma de linguagem predilecta e que a poesia me agrada por me permitir pensar, dizer e fazer as coisas doutra maneira, mas doutra maneira em relação a quê?
À prosa, bem entendido.
A prosa tem serventia para contar histórias, redigir documentos administrativos, teses, decisões de justiça, mandatos de captura, sentenças, romances e novelas e tantas outras coisas que nunca me interessaram.

A poesia não serve para nada, mas dado o facto de que eu vivo nela e que ela vive em mim, que com ela brinco e que com ela sinto, a poesia é-me indispensável.
Os outros sempre me tentaram impor sem sucesso o mundo prosaico em que vivem.
Eu não imponho nada a ninguém.
Vivo com as minhas ilusões e com o meu amor pelo movimento e, quando me pedem, até os compartilho com todos aqueles que têm a paciência de me ouvir.

Resta-me agora agradecer a vossa atenção e responder a questões eventuais.
Muito obrigado.

José-Manuel Xavier
Argenton-sur-Creuse 2021


La Poétique de l’Illusion de Mouvement

Conférence de José-Manuel Xavier

CINANIMA-2021

Comme il est d’usage dans ces occasions, je vais commencer par me présenter.
Je suis José Manuel Barata Xavier originaire de la ville de Lisbonne où j’ai vécu jusqu’à 20 ans.
Après quoi, je suis parti pour la France où je vis depuis 56 ans.

Je vais commencer par dire ceci : quand quelqu’un me demande : que faites-vous dans la vie ? J’ai l’habitude de répondre presque toujours : rien !
Parfois, je réponds aussi : je vis, mais cette réponse plonge la plupart des gens dans un océan de perplexité.
Ce genre de réponses provient essentiellement de ma misanthropie chronique.
À cela s’ajoute le fait que ce que je fais depuis des décennies est une activité intime, difficile à expliquer aux autres et parfois à moi-même.

Je vais donc parler de moi et essayer de vous dire ce que je fais.
Qu’est-ce que je fais ? Je compose et j’écris des mouvements.
Ce fait, lié à mon goût immodéré pour la poésie, m’a conduit à la Poétique.
Je ne sais pas si vous savez tous ce qu’est la Poétique, mais je vais partir du prince que oui.

J’ai retiré de l’étude de la Poétique la substance qui me permet de parler aujourd’hui de la Poétique du mouvement, mais…
Comme le mouvement auquel je me consacre depuis longtemps n’est qu’une simple illusion, je vais parler de la Poétique de l’illusion de mouvement qui occupe en permanence mon esprit, mon corps et mon temps.

La poésie est ma forme de langage préférée.
La poésie me plaît parce qu’elle me permet de penser et de dire les choses autrement.
Dans la littérature en langue portugaise, Florbela Espanca et Irene Lisboa occupent une place privilégiée dans mon cœur.
Les différents mouvements émotionnels que les poèmes de ces auteurs suscitent en moi excitent ma propre création.
Quand je les lis, j’ai toujours une envie vorace d’écrire de la poésie.

Quand je me décide à écrire un poème, j’utilise de préférence un stylo parce que l’encre qui sort de la pointe de la plume me permet de sentir et de suivre le mouvement du dessin des lettres et aussi de les lier les unes aux autres jusqu’à ce qu’elles forment un mot.

Puis, le mouvement de ma main, de mes doigts, dessine, presque toujours sans se presser, un autre mot et encore un autre et un autre jusqu’à obtenir entre eux la bonne entente nécessaire à la création d’une phrase qui transmettra, de préférence, plutôt un sentiment ou une émotion qu’un sens prosaïque.

Quand j’écris un ou plusieurs mouvements sur les pages d’un cahier, je procède exactement la même manière : je commence par dessiner avec un pinceau une première figure sur la première page, puis une autre sur la deuxième page que je déduis de la première, puis une troisième figure que je déduis de la précédente et ainsi de suite jusqu’à remplir presque toutes les pages du cahier.
Quand je le feuillette enfin, mes yeux lisent et mon cerveau voit l’illusion que j’ai écrite.

Le plaisir du Mouvement – I :
https://www.youtube.com/watch?v=WtpVySbMzZA
Le plaisir du Mouvement – II :
https://www.youtube.com/watch?v=6lcMov6abRc

J’ai dit que mes yeux lisent et que mon cerveau voit parce qu’en vérité c’est dans le cerveau que naît l’illusion de mouvement.
L’illusion du mouvement est la réponse que cerveau donne aux choses qu’il ne comprend pas.
J’ai donné à cette construction mentale un nom, l’Autre mouvement.

L’Autre mouvement se distingue du mouvement Universel qui anime les étoiles et les planètes, qui donne forme et aspect à la terre et à tout ce qu’elle contient et à tout ce qui y vit.
L’Autre Mouvement est un artefact.
Je l’imagine et je le confectionne pour créer l’illusion qu’il existe, ce qui est faux.
L’autre mouvement est un pur produit de la pensée, créé par la pensée et destiné à être interprété par la pensée.

L’Autre Mouvement n’existe pas en dehors de moi comme celui qui anime les êtres et les choses du monde qui m’entourent.
L’Autre Mouvement apparaît et disparaît dans mon imagination au goût des artifices qui le suscitent.
Il surgit dans ma tête et se développe sous la forme d’illusions.
Les choses que l’Autre Mouvement semble exprimer et qui se manifestent à travers lui dépendent entièrement de mes décisions quand je les écris ou je les compose.

J’utilise l’Autre Mouvement pour créer de l’étonnement, des émotions, pour rendre visibles des choses improbables, pour montrer des choses éphémères qui n’existent pas.
Tout cela fait de l’Autre Mouvement un phénomène presque magique, totalement illusoire, qui me plaît beaucoup, surtout parce qu’il n’est soumis à aucune force, aucune loi, aucune règle.

L’Autre mouvement est le territoire de la liberté totale.
Je joue avec lui pour créer de multiples illusions qui me réconfortent et à travers lesquelles j’essaie de transmettre à mes semblables divers sentiments.

Danse des signes :
https://www.youtube.com/watch?v=-CcpY0Xmyfs
P & M :
https://www.youtube.com/watch?v=xY8KL52tbJc
Un coin pour dormir :
https://www.youtube.com/watch?v=mq6LNULhZYk

Écrire et dessiner sont des choses identiques et comme elles sont identiques et que les instruments avec lesquels on dessine ou on écrit sont les mêmes, je prends un plaisir ineffable à dessiner avec des mots et à écrire avec des images.

Les mots m’ont toujours aidé à écrire et à dessiner des illusions.
Quand je les dispose dans un ordre particulier, ce qui résulte de cet arrangement me permet d’imaginer une infinité de choses : des lignes qui ondulent, qui se déplacent et qui se désagrègent, des traits qui apparaissent et qui se transforment en choses qui apparaissent et qui disparaissent, qui tremblent et qui dansent au gré de mes fantaisies.

Mais le plus beau, c’est que tous ces signes, tous ces éléments graphiques d’écriture, me permettent de tracer dans le temps et l’espace des mouvements uniques, originaux, qui n’existaient pas avant que je ne les ai créés.

Choses qui arrivent 1 – 2 – 3 – 4 :
https://www.youtube.com/watch?v=6sdK73Kf6BY
https://www.youtube.com/watch?v=EIs-F-bBqGw
https://www.youtube.com/watch?v=hCtK4tJzNR0
https://www.youtube.com/watch?v=SJ4KogQT2_c

C’est la Poétique qui m’a fait découvrir que les figures de style du langage et les figures de l’image sont identiques.
Les figures de style, je les ai absorbées et maintenant, transformées en intuitions, elles vivent en moi.
Ce sont elles qui nourrissent mon imagination.
Quand je m’aventure dans le territoire merveilleux de l’Autre mouvement, la métaphore, la métonymie, l’anaphore, l’oxymore et tant d’autres encore, sont mes fidèles compagnes.
Elles sont le contenu de tout ce que je fais, le sujet de tout ce que je montre.
Ce sont elles qui déclenchent les actions de toutes les figures qui semblent vivre dans le blanc du papier et à la surface de l’écran.

Cependant, La création de ces choses reste un mystère pour moi.
Quand je m’interroge sur ce mystère, je remonte le fil de ma mémoire jusqu’à mon enfance pour essayer de savoir d’où me vient cette passion constante et emportée par le mouvement.
L’image immédiate qui surgit dans mon l’esprit est celle du mouvement du corps d’un escargot sortant de sa coquille.

Je devais avoir 6 ans quand la viscosité fascinante et la lenteur extrême de sa marche ont éveillé ma curiosité pour lui et pour son environnement.
Je crois que c’est après l’avoir vu partir, lentement, très lentement, laissant au sol la trace argentée de sa trajectoire que je suis devenu contemplatif et sensible au mouvement des choses et aux choses en mouvement.

Le monde qui nous entoure est d’une beauté extraordinaire, mais la plupart des gens n’y prêtent aucune attention.
L’art en général et la poésie en particulier sont les façons les plus parfaites d’essayer de dire le sentiment de beauté qui émerge de tout ce que l’on voit et de tout ce que l’on sent.
Toute création, grande ou petite, réside dans la volonté de transmettre ce sentiment.

La poétique, qui traite de l’ensemble des procédures qui entrent dans la composition d’un poème, m’aide à maintenir vivante cette volonté, je dirais même le besoin de créer et de transmettre des sensations, des émotions et des sentiments au travers de l’Autre mouvement.
Quand je parle de poétique de l’illusion de mouvement, je parle donc de la manière qui me permet d’attribuer à une figure, à une image, cette apparence de vie que, comme le dit Saint Jean de la Croix, enchante et rend amoureux.

Le mot amoureux renvoie ma mémoire à mon adolescence quand j’ai lu, traduite en portugais, la pièce de William Shakespeare, Roméo et Juliette.
Quoiqu’encore gamin, j’ai senti, plus que je n’ai réalisé, qu’il y a des livres qui nous transforment au travers de la beauté des mots et d’autres qui ne servent à rien, seulement pour tuer le temps, comme disait mon maître Alexandre Alexeïeff.

Depuis ce jour, les gens de mon entourage se sont mis à me considérer comme un petit snob, prétentieux et pédant, parce que je préférais Shakespeare à Jules Verne et les dessins de William Blake aux bandes dessinées.

Toutes ces considérations ne m’ont jamais dévié de mon chemin.
Mon chemin, qui ressemble plus à un fleuve mouvementé qu’à de la terre ferme, m’a permis de comprendre que la Poétique n’est pas seulement un ensemble de procédures.
La Poétique est, pour moi, une attitude, une façon d’être (comme disait mon maître et ami Fernando Pessoa) et par conséquent une façon de penser, de dire et de montrer les choses et le mouvement des choses poétiquement.

Moi, je n’ai jamais fais ce que je fais pour avoir un statut, faire des films et être connu.
Comme dirait ma grand-mère : Dieu m’en garde !
Je compose et j’écris des mouvements qui n’existent pas pour interroger les mystères du mouvement des choses, l’autre côté des choses.
Les films et les expériences que je fais ne sont que la partie visible de cette attitude, de cette soif de beauté, mais le plus important à dire est que je fais des films et j’écris des livres pour tenter de savoir qui je suis.

En 2003, j’ai écrit en français un livre intitulé « La Poétique du Mouvement suivi du Carnet de l’animateur » afin de porter à la connaissance de mes amis français le mouvement qui anime la poésie de Fernando Pessoa.
En 2007, j’ai écrit en portugais un autre livre intitulé « Poétique du mouvement » où j’ai détaillé tous les dogmes, postulats et procédures que j’utilise pour composer et écrire poétiquement l’Autre Mouvement.
En 2018, ce livre a été réédité au Brésil par le Núcleo de Cinema de Animação de Campinas dans une version revue et substantiellement augmentée et avec un nouveau titre : « Poétique de l’illusion de mouvement ».
La même année, j’ai écrit un nouveau livre intitulé « Le mouvement des choses, peut-être… » qui relate sereinement ma façon de voir, de saisir et de sentir de toutes les manières le mouvement.

Tous ces textes se confondent avec mon travail.
Dans la « Poétique du mouvement », par exemple, j’ai écrit des choses qui m’ont servi plus tard : « L’espace de représentation d’une animation poétique doit se distinguer de l’espace de représentation d’une animation prosaïque. Ses caractéristiques doivent privilégier le mouvement des choses figurées composées et disposées en lui de manière singulière » et immédiatement après j’ai ajouté : si dans le texte poétique, le blanc est le signe graphique de la pause ou du silence, signe d’ailleurs naturel dans la mesure où l’absence des mots symbolise l’absence de voix, la surface blanche de la représentation devrait donc signifier : absence, pause ou silence.

Le film 28, qui relate les péripéties de notre multiple Poète et de son moyen de transport de prédilection et le film « Várzea », réalisé à partir d’un poème et d’une composition originale pour piano de mon Maître et ami Armando Servais Tiago, suivent ces postulats à la lettre.

28 :
https://www.youtube.com/watch?v=UWY9hdepUpY
Várzea :
https://www.youtube.com/watch?v=ZwU6gGQJliY

Sur mon chemin vers les illusions, j’ai découvert, après la mélodie des mots, les sons de la musique que j’ai étudiés et pratiqués, non pas pour devenir musicien, mais pour le plaisir, comme tout ce que je fais, et aussi pour essayer d’élucider les mystères de la création musicale.

Parfois, les mouvements de la musique me révèlent des choses inattendues.
Invité par mon ami Fernando Galrito, j’ai exposé à l’École Supérieure d’Arts et de Design de Caldas da Rainha une demi-douzaine de choses qui bougent, qui se transforment, qui vibrent et qui apparaissent et disparaissent sur des écrans disposés verticalement.
J’ai intitulé ces choses « 6 essais sur le mouvement ».
Si le titre avait été en portugais, je les aurais peut-être appelés « 6 exercices sur le mouvement » en hommage à Domenico Scarlatti.

Avant de continuer ce que je veux vous dire et vous montrer, permettez-moi un cri du coeur : la musique est un territoire de confusion et d’équivoque.
Quand je parle de musique à quelqu’un, il y a de fortes chances que mon interlocuteur entende en lui un fado et moi, une symphonie de Bruckner.
Cela m’amène à croire que je représente pour la plupart des gens la figure du « méchant » des films américains qui, on le sait, est mauvais parce qu’il parle français, qu’il écoute uniquement de la musique classique, qu’il boit du « champagne » ou du vin dans de grands verres et qu’il est bien vêtu.
Les autres, les « bons », parlent exclusivement américain, écoutent de la musique pop, boivent de la bière à la bouteille, et mettent sur leur tête des casquettes à l’envers.
Fin du cri du coeur.

6 Essais sur le mouvement :
https://www.youtube.com/watch?v=1tntroVv3tY

3 des « 6 essais sur le mouvement » m’ont été inspirés par des mouvements musicaux:

Le premier des six essais m’a été inspiré par certains aspects de l’œuvre pour piano de Maurice Ravel « Une barque sur l’océan » que j’aime particulièrement ; la fluidité et la brillance de ses multiples motifs scintillants qui se mêlent comme des parfums.

Le troisième m’a été inspiré par le début du premier quatuor de Penderecki avec ses motifs arythmiques insistants et ses sonorités à la fois sourdes et âpres qui semblent provenir d’une fourré d’herbes basses remplie de mystères.

Le cinquième m’a été inspiré par la pièce pour clavecin «Les Maillotins» de François Couperin, avec sa trame sonore gaie et rebondissante, sèche et granuleuse comme une écriture rapide à la plume sur papier rugueux, pleine de ratures.
Je vais à présent vous montrer, pour la première fois en public, ces trois essais accompagnés des musiques qui les ont suscitées.

3 Essais sur le mouvement :
https://www.youtube.com/watch?v=viQSxD0vTec

Si vous me le permettez, je vais vous parler un peu plus du processus de composition du mouvement du premier des six essais parce que je pense qu’il révèle de manière exemplaire mon attitude de poète illusionniste.

Si j’étais quelqu’un d’autre, et surtout si j’étais amateur de gentils films d’animation et ignorant en musique, peut-être me serais-je appuyé sur le titre « Une barque sur l’océan » au lieu de m’appuyer sur la structure dynamique de la musique de Ravel pour faire ce que j’ai fait.

J’aurais alors fait une image de type marine avec une belle embarcation située au loin, près de l’horizon, sans oublier son reflet dans les vagues.
Heureusement, je ne suis pas comme ça.

J’ai pris une feuille de papier A4, je l’ai mise devant moi comme pour écrire une lettre au Trésor Public, et j’ai commencé à dessiner, avec un pinceau, des lignes légèrement irrégulières, parfois interrompues et à peu près parallèles.
Puis, dans cette sorte de partition musicale de 15 lignes, j’ai peint avec un pinceau au au-dessus et au dessous de chacune des lignes, ici et là, au hasard, des taches noires.
J’ai regardé les résultats, et si je me souviens bien, je me suis arrêté pour aller manger.

Quand je suis retourné à mon bureau et que j’ai regardé de nouveau ce que j’avais fait, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que l’esthétique en noir et blanc de l’image que j’avais devant mes yeux provenait certainement de mon goût immodéré par le clavier des pianos qui coïncide merveilleusement avec le concept de la page blanche éclaboussée de taches noires qui signifiaient pour moi, les sons, les pauses et le silence…

Lorsque j’ai terminé les 20 phases nécessaires à la fluidité du mouvement de va-et-vient des taches, que j’ai disposées selon le rythme et l’intensité de la musique de Ravel, j’ai fermé les yeux et laissé s’estomper dans mon esprit les sons du piano jusqu’à ce qu’ils disparaissent.

Ce que l’on voit dans le premier essai des « 6 essais sur le mouvement » ce sont donc les traces du mouvement de la musique de Ravel.

Et la musique, alors ? Demandent les fans de l’audiovisuel.
La musique de Ravel est restée et se trouve là où elle doit être, couchée tranquillement note par note sur sa partition parce que la musique de Ravel, comme toutes les musiques qui s’adressent à l’esprit, ne peut servir de papier pour tapisser des illusions.

Le chemin de ma vie, qui me pousse à faire ce que je fais, court, comme je l’ai dit tout à l’heure, comme un fleuve où je plonge pour chercher au fond de ma mémoire des choses oubliées que je ramène à la surface, pour réfléchir, les laisser planer et pour ensuite les soulever, aussi haut que possible, dans les cieux de l’onirisme où elles se perdent à nouveau.

Avant de réaliser le film « La Création », présent dans ce festival et qui, plus que n’importe quel autre autre, synthétise tous mes concepts et ma doctrine sur la Poétique de l’illusion de mouvement, j’en ai créé un autre, plus court, qui a pour titre : « Anges et Archanges, prélude à la création ».
Considérez, s’il vous plaît, cet essai comme un ensemble de croquis, ou si vous préférez comme un recueil d’images et de mouvements préparatoires pour « La Création ».

Anges et Archanges, prélude à la Création :
https://www.youtube.com/watch?v=UqbJyacHgyg

Comme dans le film « La Création », « Anges et Archanges » commence par le mouvement d’un trait.
Lorsque vous tracez quelque chose sur un support, le geste de la main, qui est un mouvement, existe avant, pendant et après que la figure soit terminée.
Le trait, les traits, les tracés, les lignes, les contours, les textures sont toujours le résultat de mouvements.
Dans le film « Anges et Archanges » comme dans le film « La Création », les figures de l’image sont ce qu’on voit et le mouvement qui semble lui donner la vie est ce que l’on ressent.
C’est ce que j’ai expliqué, un jour, dans mon atelier à mon ami Fernando Pessoa.
Permettez-moi de vous lire un passage de mon livre « Le mouvement des choses peut-être… » :

L’intérêt que porte mon ami Fernando à mes outils de travail est incroyable.
Il y a quelques jours, il est apparu à côté de moi, et après avoir scruté tous mes porte-mine, plumes et pinceaux, il m’a demandé :

  • Qu’est-ce que vous faites, José ?
  • Je suis en train d’animer.
  • Ah ! Et en quoi cela consiste ?
  • Je crée des mouvements.
  • Ah ! Je croyais que vous dessiniez.
    Je lui ai expliqué que pour créer des mouvements, il faut commencer par dessiner.
  • Racontez-moi ça en détail.
  • Je ne sais pas si je peux, mais je dirais que le dessin est ce que vous voyez et le mouvement est ce que vous ressentez.
  • Je peux essayer d’en créer un ? m’a-t-il demandé plein d’enthousiasme.
  • Avec plaisir. Voici ce qu’il vous faut.
    Pour ne pas le déranger, je l’ai laissé seul et je suis allé dans la cuisine prendre une gourmandise dans le frigo et préparer le dîner. Une heure plus tard, quand je suis retourné à l’atelier, Fernando avait réalisé une animation éblouissante.
    Un nouvel hétéronyme venait de naître.

C’est en ceci que réside l’essentiel de la Poétique de l’illusion de mouvement.
Donner au mouvement le pouvoir d’exprimer et de transmettre les sensations, les impressions, les émotions et les sentiments que nous ressentons tous lorsque les figures se déplacent sur un écran, sur les pages d’un cahier ou sur la face en carton d’un phénakistiscope.

Les images et les figures de l’image, dont tout le monde fait grand cas, ne sont que des représentations qui disent peu ou presque rien sur ce qu’elles sont.
Un trait ne représente rien d’autre que lui-même.
Seul un mouvement approprié permettra de l’identifier comme étant l’ondulation d’une vague, une tige courbée par le vent, un animal rampant ou une volute de fumée.

Dans le film « Anges et Archanges », le mouvement conjugue différents types de traits pour qu’ils évoquent des entités improbables qui volent, qui se déplacent, qui se transforment, qui se rassemblent pour nous transmettre l’étrange sensation onirique de l’état d’élévation.
« Anges et archanges » ne raconte rien, il montre.

La raison, le pourquoi de ne jamais vouloir raconter et de préférer montrer, me vient de mon enfance.
Je me souviens que quand ma grand-mère me couchait tendrement et me bordait pour que je n’ai pas froid, elle me demandait toujours : veux-tu que je te raconte une histoire pour t’endormir ? Je répondais tout de suite : non, grand-mère, j’ai très sommeil.
C’était faux, ce que je voulais c’était être seul dans mon monde, pour penser à mes choses.

Je vous ai dit tout à l’heure que la poésie est ma forme de langage préférée et que la poésie me plaît parce qu’elle me permet de penser, de dire et de faire les choses autrement, mais autrement par rapport à quoi ?
À la prose, bien entendu.
La prose sert à raconter des histoires, à rédiger des documents administratifs, des thèses, des décisions de justice, des mandats d’arrêt, des sentences, des romans et des nouvelles et tant d’autres choses qui ne m’ont jamais intéressé.

La poésie ne sert à rien, mais comme je vis en elle et qu’elle vit en moi, qu’avec elle je joue, qu’avec elle je sens, la poésie m’est indispensable.
Les autres ont toujours essayé de m’imposer le monde prosaïque dans lequel ils vivent, parfois même avec violence, mais sans succès.
Moi, je n’impose rien à personne.
Je vis avec mes illusions et mon amour pour mouvement, et quand on me le demande, je les partage même avec ceux qui ont la patience de m’écouter.
Il me reste plus qu’à vous remercier de votre attention et à répondre à des questions éventuelles.

Merci beaucoup.

José-Manuel Xavier

Argenton-sur-Creuse 2021