Mouvements intimes-IV

À l’éblouissement du blanc du commencement s’est succédé une hiérarchie d’images triviales qui infestent ma mémoire.
Je tourne mon regard vers ce que je peux voir de moi, mes bras, mes mains, mon torse, mes jambes…
C’est bien peu pour que je sache qui je suis.
La feuille blanche sur laquelle mes mains reposent ressemble à mes débuts.
Vais-je la noircir avec mes réflexions embrumées ?
J’hésite.
Pourquoi enlaidirais-je cette parcelle de territoire propre avec les scories de mon dedans ?
Quand parfois je me décide, je me soucie plus de la dextérité de mes mains que des mots et des images que j’aligne comme des semences parce que je sais, au bout de tant de tentatives que, quelle que soit leur disposition, la récolte s’avérera insuffisante pour m’apaiser.
Toutefois, me voici une fois encore en train d’essayer de dire ce que je devrais taire.
Le monde que je vois n’est pas le monde.
Ce ne sont que des images décousues d’une leçon apprise.
Comme pour me prouver ce que je sais déjà, je prends ma plume et je trace un trait sur la surface blanche de la feuille de papier.
Avant de l’avoir fait, mon regard caressait le blanc comme s’il touchait le silence.
À présent, mes yeux ne voient plus que le trait.
Il est là, insistant…
Je le reconnais en tant que trait, car on m’a appris qu’un trait était un trait et même qu’un arbre était un arbre, que le ciel est le ciel et que les nuages sont des nuages.
Cependant, si je continuais à tracer sur ce qui reste de blanc autant de traits que le nombre de choses que l’on m’a appris à nommer et à identifier, la feuille finirait par devenir noire.
Est-ce vers ça que ma vie s’achemine ?
Qu’ai-je fait pour éviter l’obscurcissement ?
J’ai essayé de tout rejeter et de me retenir.
Je lutte contre les entassements qui embarrassent mon regard et qui m’empêchent de voir le lointain.
C’est de l’horizon que l’inconnu me parvient.
C’est de là aussi que les nuages viennent, mais ces nuages-là ne sont pas les nuages définis par le mot « nuages » parce qu’aucun mot ne peut définir un tel mystère.
J’écris donc non pas pour dire les choses que je connais, mais pour faire surgir dans le « ciel » de mon ignorance quelques traces inattendues.
Sur ce chemin, personne ne me suit.
Je suis seul et j’entends le rester.

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